
Habitat partagé inclusif Dieulefit « L'idée est de pouvoir s'adapter au fur et à mesure de l'avancement de l'âge »
Alors que la population française vieillit, le territoire n'est pas épargné par cette courbe démographique. De plus en plus, se pose la question de l'avenir. Sur le territoire, 30 % de la population a plus de 60 ans, une tendance qui devrait s'accentuer dans les années à venir.
Ce questionnement, c'est aussi celui de Frédéric Tressol. Ce jeune retraité dieulefitois a été confronté il y a quelques années à cette problématique, lorsque lui et ses frères et sœurs furent contraints d'envoyer leur mère en établissement médicalisé à 80 ans passés. « Je ne veux pas que mes enfants décident pour moi », explique-t-il. C'est dans cet état d'esprit qu'il dessine les plans d'une maison où habiter pour ses vieux jours.
Un rêve qui se révèle être le point de départ d'une aventure. Celle de l'association « Habitat inclusif – accompagné, Partagé et Inséré dans la vie locale de Dieulefit (HI-API Dieulefit) ». À ce jour, une quinzaine de personnes partage ses espoirs, « ils sont âgés de 67 ans à 85 ans ». Et d'ajouter : « Les gens ne veulent plus être des consommateurs, mais bien des acteurs ». Par définition, l'habitat inclusif consiste à « vivre chez soi sans être seul ». Regroupés en association, les membres ont à créer tout un univers. « C'est en cogestion. Aussi, on se rencontre en permanence pour avancer. Il s'agit d'une dynamique familiale. » Mais également un travail de longue haleine qui aura pour avantage de leur permettre d'avoir leur mot à dire.
Dans les faits, il s'agirait de petits ensembles de logements adaptés répondant aux différents besoins rencontrés. Seul, en colocation ou encore en habitats partagés, l'association a pour ambition de proposer des solutions adaptées à toutes les demandes et besoins des personnes âgées. « C'est une nouvelle façon d'habiter », précise Frédéric Tressol. « Et cela s'adresse à tous sans condition de revenus. La seule contrainte est d'être membre de l'association avec une cotisation de 60 € par an. » Le principe de l'association est aussi de lui permettre de perdurer dans le temps.
Dans cet objectif, elle vise à mener à bien six projets dans le centre-ville de Dieulefit. « L'idée est de pouvoir s'adapter au fur et à mesure de l'avancement de l'âge. Les situations peuvent évoluer et cela pourra dépendre de ce que l'on est capable de faire. » En tout, l'association vise 15 à 20 logements, à proximité des services et commerces afin de faciliter d'autant les déplacements, sans pour autant les éloigner des structures de soin de la commune. L'association espère également pouvoir engager un accompagnant de la vie partagée.
R. B.
Quand le logement s'adapte à l'âge
Montélimar, Le Teil, Dieulefit — Aides et accompagnement aux travaux, cohabitations intergénérationnelles… Les solutions se multiplient pour adapter le logement au vieillissement.
Des cohabitations intergénérationnelles avec Solidarité Habitats
Solidarité Habitats initie des cohabitations intergénérationnelles entre d'un côté un senior ayant besoin d'accompagnement à son domicile et de l'autre un jeune éprouvant des difficultés à se loger.
L'idée est née en 2004, l'année d'après la canicule de 2003. Depuis, bien sûr, le double sujet de l'isolement social des seniors et du logement des jeunes est devenu encore plus prégnant.
La cohabitation intergénérationnelle a vraiment vu le jour en 2017. Le principe est simple : une personne âgée qui dispose d'une chambre libre et qui soit souhaite s'inscrire dans une démarche solidaire soit a besoin d'une présence ne serait-ce que pour être rassurée héberge un jeune. Et ce, moyennant une participation de l'ordre de 60 à 160 € par mois. Cela permet de couvrir les charges, ainsi que le fait qu'une certaine présence est attendue. Le jeune est autonome, en particulier pour ses repas, à la différence d'une colocation. Le plus souvent, l'hébergé travaille la journée donc n'est pas là. Solidarité Habitats apprécie toutefois que l'hébergé et l'hébergeur mangent ensemble régulièrement. S'ils vivent complètement séparément, le concept perd beaucoup de son intérêt. L'idée est qu'ils partagent « des moments de vie » selon l'expression de la directrice de Solidarité Habitats Monica Fiorello. Il est de bon ton que l'hébergé apporte un coup de main occasionnel à son hébergeur. Mais attention, l'idée n'est pas du tout qu'il se substitue aux aides à domicile.
Solidarité Habitats met en place en moyenne 70 cohabitations intergénérationnelles par an, en Drôme et une partie de l'Ardèche. Montélimar et Dieulefit étant ambassadrices. Une de ces cohabitations a débuté il y a peu à Dieulefit, avec succès.
Solidarité Habitats apporte beaucoup de soin à la mise en relation entre le futur hébergeur et le futur hébergé. « Il faut rassurer car ce n'est pas facile d'accueillir quelqu'un chez soi », souligne Monica Fiorello. « Nous apprenons à connaître l'hébergeur. Il faut qu'un lien de confiance se crée. Pour cela il y a besoin de points communs entre l'hébergeur et l'hébergé. » Ce besoin d'être rassuré est aussi présent du côté de l'hébergé. Une fois l'appariement fait, la cohabitation est formalisée dans un contrat. Solidarité Habitats poursuit son accompagnement tout au long de la cohabitation. « Il y a toujours des choses à régler », relève la directrice, « parfois nous intervenons discrètement ».
C. G.
